À la rencontre de ceux qui se présentent, pas de ce qu’ils représentent.

Isabelle Rami, une candidate en équilibre ?

Isabelle Rami est une candidate que je ne connais pas.
On ne s’est jamais rencontrées… Et pourtant… Cette interview existe !
Un rendez-vous annulé, un plan B (puis C), et une interview écrite, à distance, de Talence à Tokyo.

Un format inédit pour cette 4ᵉ rencontre, mais toujours le même objectif : découvrir la face humaine d’une candidate aux municipales 2026. Candidate à la Mairie de Talence, ville que je connais bien puisque j’y ai vécu, que j’aime, et qui mérite qu’on s’y attarde.
Alors, je n’ai plus d’excuses, on y va, je vous retranscris tout : mes questions et ses réponses !

Notre rendez-vous initial était convenu chez « Fracasse Coquille », pourquoi ce lieu ?
Parce que c’est un bar de quartier très agréable, tenu par des entrepreneurs locaux, passionnés de bières artisanales et locales. C’est ce genre de commerce de proximité, de lieux de vie qu’il nous faut à Talence !

Question actualité : Encore quatre féminicides déclarés la semaine dernière en France dont un (encore) en Gironde. Au 23 novembre, cela fait un triste chiffre : 152 féminicides sont recensés depuis le début de l’année dans notre pays. D’après vous, qu’est ce qui ne tourne pas rond dans notre société pour qu’on en soit encore (désolée pour la redondance du mot « encore ») là ?
Les associations réclament 3 milliards d’euros par an pour lutter réellement contre les violences sexistes et sexuelles. Y mettre fin, c’est avant tout une question politique.
En France, 5€ par habitante et par an sont consacrés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. En Espagne, c’est 16€. La protection a un prix et il faut le payer ! Il faut éduquer à la vie affective et sexuelle : apprendre le consentement, déconstruire les stéréotypes, prévenir les violences dès l’enfance. Il faut aussi protéger en garantissant un accueil digne, des parcours sécurisés, des dispositifs accessibles pour toutes les femmes. Et enfin, il faut accompagner : donner aux associations les moyens d’agir, développer les hébergements d’urgence, les dispositifs d’accompagnement, de soutien psychologique et juridique.

Question parentalité : D’après mes recherches, l’engagement institutionnel sur l’accompagnement à la parentalité bienveillante est récent en France (2010 : des mesures concrètes entrent dans les stratégies nationales et les structures publiques). Ces dispositifs sont-ils nécessaires selon vous ? Suffisants ? Ou doit-on encore les renforcer et/ou les améliorer ?
Vous avez raison : l’engagement institutionnel en faveur de la parentalité bienveillante est récent en France, et même si ces dispositifs ont permis des avancées, ils restent aujourd’hui insuffisants, notamment à l’échelle locale. À Talence, nous avons encore une vraie marge de progression. D’abord, il existe des besoins très concrets : des familles isolées, des parents qui manquent d’espaces d’écoute, des professionnels qui demandent des formations, et des équipements publics qui pourraient être davantage mobilisés. Pour nous, l’enjeu n’est pas seulement de prolonger l’existant, mais d’améliorer l’accès, la qualité et la coordination des actions. Il faut par exemple renforcer les lieux d’accueil parents-enfants, notamment en élargissant les horaires et en créant des permanences dans les quartiers moins bien desservis car ce sont des espaces essentiels pour les premiers liens sociaux des familles.
Ensuite, il faut former les professionnels municipaux (petite enfance, centres de loisirs, accueils périscolaires) aux principes de la bienveillance éducative, à la gestion non violente des conflits, et à la prévention du mal-être parental. La ville peut impulser une dynamique cohérente dans l’ensemble de ses services.
Il faut aussi renforcer l’aller vers les familles, grâce à des médiateurs ou des éducateurs de rue formés, pour toucher les parents qui ne franchissent pas spontanément la porte d’une structure : c’est là que l’action publique fait vraiment la différence.

Questions « perso » :
Une boisson ou un cocktail qui vous ressemble ?

Un jus de fruits, un smoothie — rafraîchissant, doux, avec un petit quelque chose de végétal. Simple, naturel, mais plein de nuances quand on le savoure vraiment.

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L’endroit idéal pour passer de bonnes vacances, celles où on coupe tout ?
Un lieu où l’on se reconnecte à la nature, où l’on marche au rythme du soleil, sans programme, juste porté par l’instant, par ce qui s’offre à nous, accueillant la surprise et l’imprévu. Un endroit où, au détour d’un chemin ou dans de petits villages, on croise des visages, des métiers, des histoires de vie. Où l’on découvre des paysages cachés, du patrimoine, des ciels étoilés, des animaux qu’on n’attendait pas. Pas besoin d’aller bien loin : la France regorge de ces havres discrets. Mais les plus précieux, je les garde secrets…

Un livre, un seul à emporter sur une île déserte, celui qu’on lit et qu’on relit sans se lasser ?
C’est presque un cliché, non, cette idée d’île déserte ? Si j’y étais vraiment, je pense que mes premières préoccupations seraient plutôt de survivre. Mais lire, pour moi, ce n’est pas un geste de survie : c’est un départ. Un livre, c’est un voyage, un ailleurs, un paysage intérieur qui s’ouvre. On le choisit comme on choisit une direction, un horizon, une lumière. Alors quel livre emporter ? Peut-être un Tony Hillerman, un Rick Bass, un Dan O’Brien… Ou un autre, selon l’humeur, le lieu, la respiration du moment.
Car lire, c’est aussi cela : sélectionner sans enfermer, s’attacher sans renoncer. Et renoncer, quand il s’agit de livres, n’est jamais facile.

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Un film à montrer absolument à un public jeune dans le cursus scolaire (je pense aux collégiens ou lycéens) ? 

Le Cercle des poètes disparus. Parce qu’il questionne la liberté de penser, l’audace de sortir du cadre, la puissance des mots et de l’expression personnelle. À un âge où l’on se construit, ce film peut être un choc, une ouverture sur l’idée qu’on a le droit — et parfois le devoir — de regarder autrement.

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Un sport que vous aimez, même fatiguée ?
La randonnée à cheval — si si, c’est un sport ! Le rythme du pas, l’odeur des sous-bois, l’impression d’avancer ensemble… même fatiguée, j’y retourne.

Si vous fêtez Noël, c’est quoi pour vous, un « Noël parfait » ?
C’est réfléchir à ce qui fait plaisir, et rire quand on s’est trompée ! C’est se retrouver en famille, c’est rassurer sa mère et lui dire que son sapin est magnifique même si les décorations datent de 20 ans… C’est avoir de grandes discussions autour du feu de cheminée. Et puis, c’est espérer — toujours — que la neige viendra recouvrir la nuit.

ÉGALITÉ ET FRATERNITÉ : Deux belles valeurs de la République mais sont-elles toujours appliquées par nos sociétés ?
Ce sont des valeurs fondatrices, mais aujourd’hui elles ne sont pas pleinement réalisées. Quand on voit les écarts d’accès au logement, à la santé, à l’éducation, ou même aux espaces verts, on mesure à quel point l’égalité reste inachevée. Quant à la fraternité, elle se heurte encore trop souvent à l’isolement, à la précarité, à la fragmentation de nos vies. En tant qu’écologiste, je crois que notre société a besoin de réapprendre la solidarité, comme un écosystème doit maintenir son équilibre pour survivre. Une ville, ce n’est pas une juxtaposition d’individus : c’est un organisme vivant où chacun doit pouvoir trouver sa place.
À Talence, cela signifie : garantir des services publics accessibles partout ; créer des espaces de rencontre et de coopération ; lutter contre les inégalités sociales et environnementales, qui sont souvent les mêmes. L’égalité et la fraternité ne sont pas des mots : ce sont des pratiques quotidiennes que la ville peut cultiver, comme on cultive un jardin.

LIBERTÉ : C’est quoi, pour vous, être libre quand on s’engage pour les autres ?
Pour moi, être libre quand on s’engage pour les autres, c’est justement pouvoir choisir d’agir en accord avec ses valeurs. L’engagement n’est pas une contrainte : c’est la liberté de dire « je veux contribuer à un monde plus juste, plus soutenable, plus humain ». C’est le sens de ma candidature aux élections municipales de Talence.
Notre liberté individuelle dépend aussi de la qualité du collectif : de l’air que nous respirons, des liens sociaux qui nous entourent, de l’accès aux services publics, de la possibilité de se déplacer, de se loger dignement. On n’est jamais pleinement libre dans une société fracturée. S’engager pour les autres, à Talence comme ailleurs, ce n’est donc pas abandonner sa liberté : c’est utiliser cette liberté pour renforcer celle des autres, c’est choisir d’agir, de participer, de prendre soin. Ce qui rend une ville vivante, c’est justement le fait que personne ne soit laissé de côté. Ma liberté, je la trouve dans la cohérence : dans le fait d’agir pour une ville où chacun puisse respirer, circuler, étudier, vieillir, vivre sereinement.

Santé : Selon Europe 1 : « 58 % des Français disent avoir renoncé à consulter un spécialiste à cause des délais ex : ophtalmologiste, 103 jours d’attente en moyenne ». Qu’en penser ?
C’est un chiffre alarmant, mais malheureusement révélateur d’une réalité que beaucoup de familles vivent au quotidien. Renoncer à consulter un spécialiste à cause des délais, ce n’est pas un simple inconfort : c’est une rupture d’égalité face au droit fondamental à la santé. Et ce renoncement touche d’abord les plus fragiles : les personnes âgées, les étudiants, les parents isolés… toutes celles et ceux qui n’ont ni le temps, ni les moyens de multiplier les démarches ou les kilomètres.
La santé, c’est un écosystème : c’est l’environnement, c’est la prévention, c’est l’accessibilité, c’est la capacité à trouver un professionnel quand on en a besoin.
Quand 58 % des Français renoncent, cela veut dire que cet écosystème ne fonctionne plus. La santé dépend largement de la compétence de l’État, et dans ce domaine comme dans d’autres, le gouvernement n’est malheureusement pas à la hauteur des enjeux. À Talence, nous pourrions renforcer la prévention, notamment autour du sport-santé, de la santé mentale et de l’alimentation. Doubler la part du bio dans la restauration collective, c’est prendre soin des convives de tous âges !
Quand une personne renonce à se soigner, c’est toute la société qui s’affaiblit.
Une ville doit être un maillon solide dans la chaîne du soin.

Question Chat GPT : Tu penses que les souvenirs mentent ?
Alors… réponse de Chat GPT ! : « Je crois que les souvenirs ne mentent pas volontairement — ils sont simplement vivants. Ils se transforment, ils se colorent, ils se réécrivent un peu au fil du temps, en fonction de ce qu’on vit, de ce qu’on comprend, de ce qu’on ressent. Notre mémoire, c’est un organisme en mouvement, pas un disque dur.
Ce qui compte, ce n’est pas de savoir si un souvenir est « exact » au millimètre près, mais ce qu’il nous dit de nous, de nos relations, de ce qui nous a touchés ou construits. Et d’ailleurs, en écologie comme en politique, on avance rarement en regardant le passé comme une photographie parfaite : on avance avec une mémoire sensible, qui nous guide et nous rappelle ce qui est important. Donc non, les souvenirs ne mentent pas. Ils évoluent. Et peut-être que cette capacité à évoluer, elle aussi, est une forme de vérité. »
La réponse est assez bluffante ! J’aime bien l’idée d’un organisme en mouvement ! Parfois on vit le même moment avec une personne et on s’en souvient très différemment !

L’avis/La vie d’Eugénie : Je remplace des formateurs de temps en temps. Je suis face à un public scolaire varié avec un niveau allant du CAP au Master. Actuellement j’ai en face de moi plusieurs classes de CAP en restauration, cuisine… Je les prépare à l’épreuve de Français : compréhension de texte et rédaction. Le souci est que certains d’entre eux souffrent d’illettrisme ou de graves troubles dys… J’ai l’impression que même si ce public se débrouille bien en entreprise, la validation du diplôme imposée par l’Éducation nationale, les met forcément en situation d’échec et les limite in fine dans l’accès à l’emploi. Comment faire ?
Ces jeunes excellent dans leur métier mais sont mis en échec par un système d’évaluation qui ne reconnaît pas leurs compétences réelles. Quand un élève de CAP, brillant en cuisine ou en service, est bloqué par une épreuve de français inadaptée à ses troubles ou à son parcours, ce n’est pas lui qui échoue : c’est l’institution qui échoue à s’adapter. Il faut deux choses : Que l’Éducation nationale adapte ses modalités d’évaluation, en renforçant l’oral, les supports professionnels, et les aménagements pour les élèves dys ; Que les collectivités, Talence comprise, soutiennent ces jeunes : ateliers de lutte contre l’illettrisme, repérage précoce des troubles, mentorat, médiathèques accessibles. On ne peut pas accepter qu’un diplôme devienne un mur alors qu’il devrait être un tremplin…

Cette interview n’a pas eu lieu autour d’un verre, comme prévu au départ. Elle s’est construite autrement : à distance, par écrit, dans un temps étiré, réfléchi, presque méditatif… et peut-être que ce format dit déjà quelque chose d’Isabelle Rami.
Au fil des réponses, se dessine une candidate attentive aux équilibres : équilibre entre engagement et liberté, entre collectif et trajectoires individuelles, entre urgence sociale et vision à long terme. Qu’elle parle de violences faites aux femmes, de parentalité, de santé, d’égalité ou d’écologie, un même fil revient : prendre soin. Des personnes, des liens, des territoires. Sans slogans. Sans effets de manche.
Isabelle semble poser des constats, assumer ses choix, et rappelle surtout que la politique locale n’est pas une abstraction : c’est une pratique quotidienne, concrète et située.