Corinne Laulan, une candidate qui rêve d’un monde « un peu plus parfait »

Corinne Laulan, actuelle première adjointe à la Mairie de Cadillac se présente pour la première fois en mars 2026 au poste de Maire de sa commune. Un choix longuement réfléchit puisqu’elle est désormais âgée de 64 ans, qu’elle est élue depuis 30 ans mais ne prétend au titre de Maire que depuis cette année. Pourquoi ? Elle a attendu d’être à la retraite pour s’investir pleinement dans cette mission. Femme réfléchi donc qui connaît très bien sa commune comme elle y a vécu toute sa vie et a été à la tête de la quincaillerie que ses parents tenaient avant elle à Cadillac…
Ma première réaction serait donc de dire qu’une chose est donc sûre : ce n’est pas une arriviste ! Mais qui est-elle ? Je veux dire… je ne la connais pas personnellement… elle est souriante, me paraît sympathique mais moi, j’en veux un peu plus… j’ai envie d’en savoir plus !

Crédit: Cadillac naturellement

Corinne, notre rendez-vous se déroule aujourd’hui dans une librairie qui fait également salon de thé… La librairie « Jeux de mots » à Cadillac. Pourquoi ?
Parce que c’est un lieu qui décrit très bien Cadillac. Ici, chez Christophe, tout le monde vient, tout le monde est bienvenu. C’est un lieu d’hospitalité à l’image de la commune. Toutes les populations sont là. C’est un commerce dédié à la culture mais pas que… c’est un lieu avec des qualités d’accueil et un sens du partage très fort. Ici ce n’est pas une librairie sanctuaire. C’est une librairie synonyme de richesse où l’on peut se poser, parler, échanger… Les commerces humains sont générateurs du lien vital des habitants et je veux garder cela à Cadillac. J’ai été moi-même commerçante dans la commune, je sais que le commerce est un métier mais aussi une mission de veille… Ce sont aussi les commerçants qui vendent le village aux touristes et les renseignent en plus, bien sûr, de notre office de tourisme. Pour moi Cadillac est une « ville-village » avec un véritable cadre de vie que j’aimerais voir préserver. Pour cela, je veux continuer ce qui a été commencé lors des mandats où j’étais adjointe et élue mais aussi développer l’existant, l’embellir… et surtout le faire avec TOUT LE MONDE. Ne jamais laisser qui que ce soit sur le bord de la route.

Nous sommes donc dans une librairie, transition idéale pour ma première question : quel livre lis-tu en ce moment ?
Un roman de Mickaël Mc Dowel « Lune froide sur Babylone ». On y retrouve les États-Unis, de la sorcellerie, de la manipulation… Et des descriptions incroyables : le Bayou, ses ponts typiques, un climat et des personnes venimeux… C’est l’histoire d’un fait divers qui va être interprété par les uns et les autres… Une histoire qui résonne avec ce que je me dis en ce moment… que plus on fait preuve d’écoute, plus on évite la désinformation.Mais si je devais conseiller un livre à lire absolument, un livre qui m’a changée, bouleversée, ce serait « La forêt de flammes et d’ombres » d’Akira Mizubayashi. C’est une écriture qui porte, pleine d’émotions. Ça parle d’amour, d’amitié, d’acceptation de toute une vie… Ce livre est une évidence !

Et bien justement, je rebondis avec une de mes questions « perso » puisque tu parles d’information. Plutôt journal papier, radio ou TV ? Ta source « sûre » en termes d’information ? 

Pas à la télé. Un peu en format papier pour la presse locale ou Télérama et Le Monde.

Restons donc dans la catégorie information avec la Question actualité : Ce qui se passe actuellement entre les États-Unis et le Venezuela me questionne sur la toute-puissance de certains pays et cette façon de coloniser : venir en sauveur mais instaurer de nouvelles règles, morales… et surtout profiter des ressources de ce dernier. Tu en penses quoi ? Car je le rappelle, depuis la seconde guerre mondiale, la colonisation est interdite du point de vue international car viole le principe fondamental du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, autrement dit : « Aucun état n’a le droit de prendre le contrôle d’un autre territoire et de le gouverner contre la volonté de sa population ».
Je ne suis pas experte sur ce sujet mais j’ai l’impression que l’histoire se répète sans arrêt : les États-Unis ont déjà fait cela, dès le début avec les Indiens, ailleurs dans le monde aussi… tous ces génocides… ce sont toujours pour les mêmes raisons et le même but marchand : augmenter les richesses et le pouvoir. Ils disposent des personnes comme d’un troupeau… L’humain n’a plus de valeur à leurs yeux.

Question parentalité : Amis, famille… Il y a de plus en plus de témoignages de personnes ayant des enfants, pourtant « bons à l’école », mais actuellement en année blanche après l’obtention de leur bac à cause de « Parcours Sup ». Mis en place en 2018… Un « outil » vécu comme du stress en amont des choix à faire et de l’injustice après les résultats… As-tu un avis sur le sujet ?
Le problème est à la base : dans le système éducatif français et depuis la petite enfance. On pousse les enfants à aller jusqu’au bac et avec une éducation basée sur de l’accumulation de connaissances, sans travailler l’esprit d’analyse et sans s’intéresser à la personnalité de l’enfant, de l’adolescent… Ensuite on leur demande de passer via ce canal qui est parcours sup… là où il n’y a pas assez de place, de la concurrence, là où il y a des voies de garage… On éteint les capacités de chacun en les mettant dans des cases… alors que oui, l’école, les bagages scolaires c’est important mais les capacités de chacun aussi… L’échec du système scolaire est là : il n’écoute pas les appétences du jeune, ses capacités, sa personnalité !

Un plat réconfortant ? 

Des lasagnes. Bolognaises ou vegan mais des lasagnes.

Une comédie à regarder quand on a le cœur brisé ? 

« Scènes de ménage » j’adore. Le Maire et sa femme ou le couple de personnes âgées me faisaient bien rire…

Tu connais « Vice versa » ? De toutes ces émotions, laquelle te domine le plus dans une journée ? 

Non je ne l’ai pas vu. (Je lui explique donc les émotions dominantes dans le dessin animé). La joie, je dirai la joie. Mais attention, ça se travaille la joie… Parce que certains jours, on n’y est pas, c’est normal mais il se passe toujours quelque chose et la joie revient. En début de semaine par exemple, j’étais malade, le temps était maussade… Puis j’ai vu du monde faire la queue devant le cinéma… ça m’a mis en joie… comme quand j’ai entendu des chants basques en bas de chez moi un soir ! Puis au quotidien j’ai deux enfants que j’adore et qui me rendent folle de joie et d’amour.

Je sors une table de Ouija, tu peux poser trois questions à qui tu veux. Tu peux me donner le nom d’un artiste que tu invoques ? Tu aimerais lui demander quoi ?
 

C’est compliqué de choisir. Là sans réfléchir Claude Nougaro… j’aimerais lui poser des questions sur sa vie affective, ses liens avec sa fille… Savoir d’où lui vient son sens du rythme… Mais il y a aussi des peintres comme Pierre Bonnard que j’aimerais questionner… sur son univers très féminin… Vraiment la question n’est pas simple, la culture tient une place tellement importante dans la vie : livres, peintures, photos… c’est une source de bien-être mais c’est également une manière de se remettre en question, c’est un rapport profond aux valeurs…

Tu joues d’un instrument de musique ? 

J’ai joué du piano plus jeune. Ma fille joue du violoncelle et elle est professeure de musique mais au fil du temps j’ai découvert la chorale et j’adore chanter. Le rythme pour moi vient du chant et des autres… Chanter en chœur c’est ça qui me plaît. Je n’aime pas chanter seule, d’ailleurs j’ai peur de la solitude ! J’aime être en petit comité, appartenir à un petit groupe, pas une grande assemblée non plus.

Certains jours, tu aimerais être un homme ? T’énerver en réunion sans avoir à te justifier ? Demander une augmentation sans avoir l’impression de mendier ?
Non je n’aimerais pas être un homme. J’aime être une femme et ce sentiment s’intensifie depuis que je suis à la retraite. Quand je travaillais par contre, que j’étais gérante de quincaillerie, on me demandait parfois « le patron » alors que c’était moi « la patronne »… Certains ressentaient le besoin d’assimiler compétences à homme. Alors que les compétences sont une affaire de personne pas de genre. Puis, de manière générale, je trouve que les femmes savent mieux compartimenter, elles le font toute leur vie. Une vie faite de rebonds et les rebonds c’est ce qui les porte.

Il existe encore en France de nombreuses agressions et même des crimes homophobes. Pourquoi, selon toi ? Je veux dire, on est en 2026… Comment est-ce encore possible ?
Le mystère reste entier. Le gros défaut de l’humain est de ne pas apprendre de ses erreurs. Son instinct c’est le pouvoir, la main mise sur l’autre, l’intolérance et la peur de la différence… et c’est cela qui provoque : racisme, sexisme et homophobie. C’est de la méconnaissance face aux richesses humaines et culturelles.

L’égalité républicaine est souvent proclamée mais rarement ressentie de la même manière pour tous. Selon toi, quels habitants de la commune de Cadillac semblent aujourd’hui le plus éloignés de cette égalité et comment espères-tu réduire ces écarts ?
Aujourd’hui, il y a encore des gens qui dorment dans la rue et des gens qui ne mangent pas à leur faim
. Je le sais bien ayant été active au CCAS de la commune pendant plusieurs années. Et tant que ce constat sera réel on ne pourra pas parler d’égalité. Plus ça va et plus le coût de la vie creuse les écarts et les solutions se font de plus en plus rares surtout en termes de logement. Le rôle de l’élu est de surveiller ses habitants pour détecter ceux qui sont dans ce genre de situation : faibles revenus, logement insalubre… Pour cela, la mission indispensable reste la veille. La veille est au cœur de la ville. Être élu c’est accepter la réalité, soutenir ceux qui en ont besoin et ne pas oublier que c’est une mission qui nous met au service de l’autre en priorité. Pour cela, il faut des relais, les connaître et travailler avec : hôpitaux, associations…

La fraternité ne se décrète pas par arrêté municipal. Comment une mairie peut-elle, selon toi, créer du lien entre les habitants qui ne se rencontrent plus ou ne se comprennent plus ?
Aller aux devants de tout le monde et avoir des relais un peu partout pour faire le lien entre chacun.

Question Chat GPT : Tu es déjà adjointe. Si dans dix ans on devait résumer ton mandat actuel en une seule phrase sur le fronton de la mairie, quelle serait-elle ?
« De la suite dans les idées »,
ça me ressemble. Les idées fusent et sont en lien avec mes valeurs, l’éducation, le lien social, le partage… Il faut toujours axer ses actions sur l’envie d’aboutir à un monde un peu plus parfait.

L’avis/La vie d’Eugénie : Je rentre du Japon. Pour la première fois, j’y suis allée avec un enfant, ma fille de 7 ans. J’ai découvert que certains lieux sont interdits aux mineurs le soir après 22 heures : restaurants, salles d’arcade… Et certains même toute la journée comme les bars où l’on peut fumer. Ces règles m’ont surprise mais pas déranger, je les trouve cohérentes dans le fond. Devrions-nous nous en inspirer ?
Je trouve malsain que les mineurs fréquentent des lieux tels que les bars, les boîtes à jeux le soir. En journée, il me semble que la présence des mineurs dans certains lieux doit être accompagnée. Ils sont fragiles, influençables et manipulables.

Solaire, souriante, sincère, libre et anticonformiste sans être pour autant dans la provoc… je crois Corinne quand elle dit ne pas être une personne politique, mais une « personne tout court ». Cette dernière veut se rendre utile et elle aime profondément l’autre. Elle ne pense pas pour lui mais avec lui. Échanger, discuter… se remettre en question pour mieux comprendre et s’adapter. Avec Corinne j’ai découvert la résilience féminine et la force de la maturité. Un exemple à suivre ? L’avenir nous le dira !